mercredi 9 décembre 2009

Le travail forcé dans l'AOF

Le travail force en Afrique occidentale française (1900-1946)

Babacar Fall
p. 329-336

Résumé

In the first half of the 20th century, the social question in French West Africa was dominated by a system of forced labour which reflected the intervention of the colonial state in the process of mobilising manpower.
Through an analysis of the five legal types of forced labour and the different positions held by African leaders and the resistance movements encountered amongst the workers under this regime, the author attempts to understand why this state of affairs lasted until 1946.

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Afrique occidentale française




Créée par décret du 16 juin 1895, un an après le ministère des colonies, l’AOF, fédération de colonies, est une entité qui vise à coordonner la présence française en Afrique de l’Ouest.

A son origine, elle regroupe quatre colonies : le Sénégal, le Soudan, la Guinée et la Côte-d’Ivoire. Elle est placée sous l’autorité d’un gouverneur général résidant à Saint-Louis du Sénégal, puis à Dakar et coiffant des lieutenants gouverneurs. Ces appellations changeront, le gouverneur général devenant haut-commissaire et les lieutenants gouverneurs devenant gouverneurs. Les frontières de chacune de ces colonies sont négociées avec les puissances coloniales voisines par des conventions ou définies par des décisions administratives en cas de voisinage franco-français. Au fur et à mesure de l’implantation française, sont créées des unités administratives, les cercles et les subdivisions.

Le Dahomey, le Niger et la Mauritanie sont successivement rattachés à l’AOF. En 1921, une partie du Soudan devient la Haute-Volta qui sera dissoute en 1932 et reconstituée en 1947.

En 1946, l’Union française institue une loi électorale permettant aux populations africaines d’envoyer des députés et des sénateurs au parlement français.

En 1951, des assemblées territoriales élues au suffrage universel sont organisées sur la base d’un double collège. Un Grand Conseil de 40 membres, 5 par territoire, assiste le haut-commissaire.

La loi-cadre de 1956 dote chaque territoire d’un conseil de gouvernement présidé par le gouverneur de la colonie et dont les ministres sont nommés par l’assemblée territoriale élue au suffrage universel avec un collège unique.

En 1958, l’adhésion à la Communauté française est approuvée par tous les territoires sauf la Guinée.

Dans les deux ans qui suivent, tous accèdent à l’indépendance et sont admis dans l’Organisation des Nations unies. Haut-Commissariat et gouvernances ferment leurs portes.





LE SÉNÉGAL

Rappel historique entre 1890 et 1970.

La présence française - à quelques brèves éclipses près - a duré trois siècles. Elle débute en 1659, date de la fondation de Saint-Louis. Jusqu’à l’arrivée de Faidherbe, en 1852, cette implantation reste cantonnée à la côte et à des comptoirs échelonnés le long du fleuve Sénégal, sous la menace permanente des pillards maures.

Faidherbe pacifie le pays, en conquiert l’intérieur avec de faibles moyens : quelques troupes d’infanterie de marine et surtout des "tirailleurs sénégalais" dont il crée les unités en 1857. La même année, il fonde Dakar. Le volume du commerce triple entre 1854 et 1869. En 1872, la France confère le statut de "commune française de plein exercice" à Saint-Louis, à Gorée et à Dakar et en 1880 à la ville de Rufisque. A compter de ces dates, les habitants de ces quatre communes sont citoyens français avec tous leurs droits et tous leurs devoirs, représentés dans les Assemblées parlementaires de France.

La surface du Sénégal est la moitié de celle la France. La capitale du territoire se déplace en 1958 de Saint-Louis à Dakar où se trouvait déjà la capitale de la fédération d’AOF. Dans le cadre de l’Union française, en 1959, le Sénégal se fédère avec le Soudan sous le nom de Mali. Fédération éphémère qui éclate le 28 septembre 1960, trois mois après avoir acquis l’indépendance. Le Sénégal reprend son nom.




LE SOUDAN FRANÇAIS (actuel Mali)

Rappel historique entre 1890 et 1970.

Bamako est la capitale du Soudan et la voie ferrée Kayes-Niger, terminée en 1904, est raccordée au Dakar-Kayes en 1924. En 1921, une partie du territoire du Soudan est individualisée et constitue la Haute-Volta. Le nouveau Soudan est encore deux fois plus grand que la France.

En 1932, la Haute-Volta est partagée entre Soudan, Niger et Côte d’Ivoire, sa partie nord-ouest est rattachée au Soudan jusqu’en 1947.

Dans le cadre de l’Union française, en 1959, le Soudan se fédère avec le Sénégal sous le nom de Mali. Fédération éphémère qui éclate le 28 septembre 1960, trois mois après avoir acquis l’indépendance. Le Soudan garde le nom de Mali.








LA GUINÉE

Rappel historique entre 1890 et 1970.

Sa capitale est Conakry, construite sur une île où les Français établissent un comptoir important en 1887. Une voie ferrée, construite en 1900, traverse le pays, reliant la capitale à Kankan.

Grande comme la moitié de la France, la Guinée acquiert son indépendance le 2 octobre 1958, à la suite d’un référendum. Le nouvel État, dont les richesses minières sont considérables et l’agriculture prometteuse, sera dirigé fermement pendant 35 ans par A.S. Touré. En 1992, la Guinée est classée par les Nations unies au dernier rang de tous les pays du monde, au regard de l’espérance de vie, de l’éducation et du revenu des habitants.






LA CÔTE D’IVOIRE

Rappel historique entre 1890 et 1970.

La Côte d’Ivoire n’a été réellement colonisée que tardivement. Jusqu’aux expéditions de Binger, Crozat, Marchand (1887-1899), la zone forestière est inconnue et le Nord ne sera occupé qu’après la défaite de Samory par Gouraud, en 1898. La pacification n’est terminée qu’en 1915.

Ses frontières sont établies en 1904. De 1932 à 1947, une grande partie de la Haute-Volta lui est rattachée. Après la seconde guerre mondiale, son développement est rapide, au point qu’on a parlé d’un "miracle ivoirien", fondé sur l’agriculture (café, cacao, bananes, ananas) et l’exploitation forestière, puis le pétrole. La pays est devenu indépendant en 1960.

La capitale est Abidjan jusqu’en 1983, date à laquelle l’assemblée nationale décide son transfert à Yamoussoukro, ville natale de celui qui dirige le pays depuis l’indépendance, Félix Houphouët-Boigny, ancien élève de l’école de médecine africaine de Dakar, décédé en 1993. La superficie du pays est les 2/3 de celle de la France.





LE DAHOMEY (actuel Bénin)

Rappel historique entre 1890 et 1970.

En 1892, le roi Béhanzin dénonce le traité concernant le comptoir de Cotonou et en chasse les Français.

Le colonel Alfred-Amédée Dodds débarque le 28 mai 1892 à Cotonou à la tête d’un corps expéditionnaire, proclame la déchéance de Béhanzin et place le royaume sous le protectorat de la France.

Les missions religieuses et un enseignement laïque très actif élèvent remarquablement le niveau de scolarisation de sorte que, à l’intégration de la colonie à l’AOF, en 1904, de nombreux Dahoméens entrent dans la fonction publique dans tous les territoires de la Fédération. Cette diaspora dahoméenne sera souvent rejetée par les autres ex-colonies, après les indépendances.

La République est proclamée en décembre 1958 et l’indépendance le 1er août 1960. Des coups d’état militaires émaillent la suite des événements, entrecoupés de retours à une gestion civile. L’un d’entre eux, plus radical, en 1972, change le nom du pays qui devient le Bénin.

La résidence du Président est à Cotonou mais la capitale officielle et le siège du pouvoir législatif sont à Porto Novo. Sa superficie est le cinquième de celle de la France.





LE NIGER

Rappel historique entre 1890 et 1970.

Les limites du Niger, resté territoire militaire jusqu’en 1922, sont tracées à l’intérieur du vaste ensemble AOF-AEF réuni par les missions Monteil, Gentil, Foureau-Lamy. D’une superficie double de celle de la France, sa population reste faible car la plus grande partie du territoire est désertique.

Après la soumission des tribus guerrières Touareg, le Niger devient colonie française et Niamey devient sa capitale, en 1926, à la place de Zinder.

Le pays s’érige en République du Niger le 18 décembre 1958 et devient indépendant en 1960.






LA MAURITANIE

Rappel historique entre 1890 et 1970.

La pénétration coloniale en Mauritanie obéit à des soucis stratégiques : assurer la continuité territoriale entre l’Afrique du Nord et l’Afrique occidentale. D’abord menée pacifiquement par Coppolani, la conquête se révèle difficile car les tribus guerrières du centre et du nord saharien résistent vaillamment. La pacification définitive ne sera réalisée qu’en 1939, quand seront établies les routes trans-sahariennes et que les "confins" seront surveillés.

La majeure partie de son territoire, deux fois plus grand que la France, est désertique. La capitale est Nouakchott, ville nouvelle créée en 1957.

Dans les années 1950, l’indépendance du Maroc, la rébellion algérienne, la politique saharienne de la France, l’amorce de la décolonisation, la rébellion des Réguibats et l’émergence d’un peuple sarhaoui placent le pays dans l’actualité. Il accède à l’indépendance en 1960. La présence française aura été de très courte durée.

Le climat désertique, la faible densité de population font que la plupart des endémies y sont inconnues, sauf dans le Sud.




LA HAUTE-VOLTA (actuel BURKINA FASO)

Rappel historique entre 1890 et 1970.

En 1895, un traité est signé confiant à la France le protectorat de la région occidentale dite de Sénégambie-Niger, puis Haut-Sénégal-Niger en 1904. Ce territoire passe sous administration civile en 1909. La pacification a été longue et difficile et certaines zones restent administrées par l’armée jusqu’aux années 1930. En 1921, une partie en est individualisée sous le nom de Haute-Volta qui dès sa création entre dans la fédération de l’AOF.

Fortement peuplée, elle fournit de nombreux tirailleurs dits "sénégalais" et, après la guerre de 1914, la main d’oeuvre pour les plantations de la Côte d’Ivoire et l’Office du Niger en cours de réalisation au Soudan, au point que l’administration coloniale la démantèle en 1932, intégrant le Nord-Est au Soudan, l’est au Niger et le Sud à la Côte d’Ivoire.

En 1947, le travail obligatoire ayant disparu, la Haute-Volta est reconstituée.

Grande comme la moitié de la France, sa capitale est fixée à Ouagadougou.

La République de Haute-Volta est proclamée le 11 décembre 1958 et l’indépendance en 1960.

Après quelques coups d’état militaires, en 1983, la Haute-Volta devient le Burkina Faso, change de drapeau, d’hymne national, de terminologie administrative.…

Afrique occidentale française

Afrique occidentale française

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Afrique-Occidentale française


1895 — 1958



Carte de l'AOF. En bleu sombre, les colonies fédérées en 1895 ; en bleu clair, les territoires associés ultérieurement.
Carte de l'AOF. En bleu sombre, les colonies fédérées en 1895 ; en bleu clair, les territoires associés ultérieurement.

Informations générales
StatutColonies françaises
CapitaleSaint-Louis (1895-1902)
Dakar (1902-1960)
Langue(s)Français

Superficie
4 689 000 km²

Histoire et événements
1895Création
1958Dissolution

Entités suivantes
MauritanieMauritanie
SénégalSénégal
MaliMali
GuinéeGuinée
NigerNiger
Burkina FasoBurkina Faso
BéninBénin
Côte-d'IvoireCôte-d'Ivoire

L'Afrique occidentale française (AOF) était une fédération groupant, entre 1895 à 1958, huit colonies françaises d'Afrique de l'Ouest, avec l'objectif de coordonner sous une même autorité la pénétration coloniale française sur le continent africain.

Constituée en plusieurs étapes, elle réunit à terme la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan français (devenu Mali), la Guinée, la Côte-d'Ivoire, le Niger, la Haute-Volta (devenue Burkina Faso) et le Dahomey (devenu Bénin), soit près de 25 millions de personnes au moment de sa dissolution.

Une organisation comparable sera instaurée en Afrique-Équatoriale française en 1910.

Carte de l'Afrique-Occidentale française en 1936

Sommaire

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Histoire [modifier]

En remplacement d'un sous-secrétariat d'État, une loi du20 mars 1894 institue un véritable ministère des Colonies, chargé de centraliser la gestion des colonies. Tous les territoires appartenant à la France ou protégés par elle hors d'Europe en relèvent désormais. Les administrateurs sont formés par l'École coloniale.

Une nouvelle entité territoriale – l'Afrique-Occidentale française –, créée le 16 juin 1895 par l'union du Sénégal, du Soudan français, de la Guinée et de la Côte-d'Ivoire seulement. Le gouverneur général de l'AOF, qui est aussi dans un premier temps, le gouverneur du Sénégal réside à Saint-Louis. Le premier nommé est Jean-Baptiste Chaudié.

La Banque de l'Afrique-Occidentale à Dakar vers 1904

Le 29 juillet 1901 la Banque du Sénégal devient la Banque de l'Afrique-Occidentale. Créée sous forme de société anonyme, elle dispose du privilège d'émission. La banque avait déjà quitté Saint-Louis pour Dakar. En 1902, c'est la capitale elle-même qui est transférée à Dakar. Elle y restera jusqu'à la dissolution de la fédération. Depuis 1895, c'est le gouverneur du Sénégal qui assume aussi la fonction de gouverneur général de l'AOF. Après sept années de fonctionnement, il est clair que la charge est trop lourde et les deux postes sont alors dissociés. Ernest Roumeest le dernier à avoir cumulé les deux mandats.

Un arrêté de 1903 porte création du système scolaire en AOF et en 1904 un corps d’inspecteurs de l’enseignement est créé et formé dans ce qui deviendra en 1916 l'École William Ponty.

En 1904 les colonies sont au nombre de six : Sénégal, Haut-Sénégal et Niger, Mauritanie, Guinée, Côte-d’Ivoire, Dahomey.

Les troupes noires sont mises à contribution pendant la Première Guerre mondiale et en 1917 Blaise Diagne, élu député en 1914, est chargé du recrutement des tirailleurs sénégalais.

En 1919 la colonie de la Haute-Volta nouvellement créée et le territoire sous mandat du Togo sont rattachés à l'AOF.

Le pavillon de l'AOF sur une maquette de l'Exposition coloniale internationale de 1931

Symbole de l'avancée coloniale, la ligne du chemin de fer du Dakar-Niger atteint Bamako en 1923.

En 1921, un recensement attribue 12 283 000 habitants à l'Afrique occidentale française, sans le Togo (673 000 h.)1

L'Exposition coloniale internationale de 1931 au bois de Vincennes est une manifestation de prestige destinée à montrer la puissance de l'empire colonial. Avec la reconstitution du temple d'Angkor, la forteresse du pavillon de l'AOF en constitue l'un des clous. Même si la Grande mosquée de Djenné n'est pas explicitement désignée, bien des visiteurs pensent la reconnaître dans ce tata monumental aux couleurs du banco.

En septembre 1940 le gouverneur général Pierre Boisson reste fidèle au régime de Vichy et fait échouer la tentative de débarquement des troupes alliées – un affrontement naval connu sous le nom de bataille de Dakar ou « Opération Menace ». Mais en 1942 l'AOF se rallie au général de Gaulle.

Un projet de loi tendant à la suppression du travail forcé en AOF est soumis à l'Assemblée nationale le 1er mars 1946 et adopté en 1947sous le nom de loi Houphouët-Boigny. La même année la loi Lamine Gueye accorde la citoyenneté à tous les ressortissants de l’Union française qui vient d'être instituée et abolit le Code de l'indigénat.

La fédération cesse d'exister après le référendum de septembre 1958 sur la future Communauté française, par lequel les territoires membres votèrent leur transformation en républiquesautonomes, à l'exception de la Guinée, qui vota pour l'indépendance. L’indépendance de la Guinée en 1958, puis celles des autres républiques en 1960 marquent la fin de l’AOF.

La Côte-d'Ivoire, le Niger, la Haute-Volta et le Dahomey formèrent par la suite l'Union Sahel-Bénin, qui dura peu de temps, puis le Conseil de l'Entente.

Avec une superficie de 4 689 000 km² (principalement le désert ou le semi-désert intérieur de la Mauritanie, du Soudan et du Niger) s'étendant du point le plus à l'ouest de l'Afrique au Cap-Vert aux profondeurs du Sahara, la fédération avait plus de 10 millions d'habitants à sa création et environ 25 millions à sa dissolution.

Fonctionnement [modifier]

Monnaie : 1 franc 1944 et 1948

L'AOF était placée sous l’autorité d’un gouverneur général (plus tard appelé haut-commissaire) dont dépendaient plusieurs lieutenants gouverneurs. Les frontières de chacune des colonies composant l'AOF étaient négociées avec les puissances coloniales voisines par des conventions. En cas de voisinage franco-français, elles étaient définies par décision administrative. Au fur et à mesure de l’implantation française, le découpage du territoire était géré par des unités administratives, des cercles et des subdivisions.

Le découpage2 est le suivant :

Dakar et Gorée sont réunies au sein d'une circonscription spécifique.

La France disposait par ailleurs de deux enclaves dans la Nigeria britannique : voir Enclaves de Forcados et Badjibo.