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mardi 9 février 2010

Ciné Club de Caen 2007

1938 - En Afrique Occidentale Française. Lucien Cordier est l'unique représentant de l'ordre du petit village de Bourkassa Ourbangui. On lui reproche son inefficacité qui semble être l'effet de sa lâcheté. Une nuit, à la suite d'une visite à Chavasson militaire raciste, qui lui donne une leçon, Cordier tue Le Péron et son compère, les patrons du bordel.

Avec une intelligence calculée et un cynisme insoupçonné, Cordier parvient à rejeter la responsabilité de son acte sur Chavasson. Mercaillou, le mari de Rose dont Cordier est l'amant, bat sévèrement le noir Vendredi sous les yeux de la nouvelle institutrice, Anne, dont Cordier est amoureux. Cordier laisse faire. Plus tard, encouragé par le curé, il tue froidement Mercaillou et fait passer le meurtre pour un accident.

Malheureusement, Vendredi ayant retrouvé le corps le ramène à Rose et surprend les deux amants. Cordier tuera Vendredi pour le réduire au silence et déguisera son geste en règlement de comptes. L'enterrement sera une mascarade. Sur ces entrefaites le frère jumeau de Le Péron vient enquêter sur la disparition de son frère. Il repartira désorienté à la suite des propos nébuleux de Cordier. Nono, le pseudo-frère et amant de Huguette, la femme de Cordier, soupçonne la relation de Rose avec Cordier. Ce dernier récupère l'argent volé par Huguette pour partir avec Nono. Il rejoint Rose. Ayant éveillé la suspicion de Huguette, Nono débarque avec elle chez Rose. Entre temps Cordier a fait mine de rentrer chez lui mais il est resté caché près de la maison pour assister au dénouement de la situation qu'il a provoqué. Pour se défendre de la hargne de Nono et Huguette, Rose les abat tous les deux. Rose prend conscience de la monstruosité de Cordier alors que l'on annonce la déclaration de la guerre.

Le film est né de plusieurs inspirations littéraires : un polar majeur, 1275 âmes de Jim Thompson (auteur qui a également inspiré Série noire d'Alain Corneau), le Voyage au bout de la nuit de Céline, et le Voyage au Congo de Gide.

Le film bénéficie aussi des dialogues dignes de Queneau - " arrête de m'ombrager ", " tu m'interlocutes ", " l'action se torse ", " colonel Tramichel, tra comme tralala et Michel comme la mère Michel "... - et l' idée du scénariste Jean Aurenche du retour du "fantôme" interprété par Jean-Pierre Marielle.

Dès la première séquence, où Lucien Cordier observe des enfants noirs affamés lorsque survient une éclipse de soleil, Tavernier donne à son film une dimension surréel, et met de côté la psychologie et la rationalité, en mettant en scène un monde colonial à la fois infernal et "joyeux" - ce qui est toujours la patte de Tavernier, même lorsqu'il traite de sujet noirs.

Cordier, qui déclare n'être " ni courageux, ni honnête, ni travailleur ", est entouré de monstres bien pires que lui, qui ne suivent que leurs pulsions, et des instincts plus proches de l'animal que l'humain. Perdu dans sa bourgade africaine, il n'a aucuncompte à rendre, ni vis-à-vis de l'administration, ni vis-à-vis de la loi, ni vis-à-vis de lui-même, puisqu'il se sert du mépris dont il fait l'objet comme alibi pour ses meurtres, et semble persuadé qu'il s'agit d'une délivrance pour les victimes et d'unacte de salubrité pour le monde. Le réalisateur ne tisse aucune complicité avec le spectateur : à aucun moment, on ne sait exactement si les meurtres sont planifiés ou pas, si Cordier est vraiment fou, et ce qui le fait passer à l'acte.

Du coup, ce qui aurait pu être une épopée expressionniste, avec une lutte du bien contre le mal, devient un cauchemar naturaliste, plein d'humour noir et sans repères moraux clairs. Comme le répète l'aveugle dans le train, " nous entrons dans la forêt vierge ", et nous n'en sortirons plus, malgré la présence de la jeune institutrice, qui représente un idéal et un espoir de salut pour Cordier, mais que celui-ci tient à distance pour ne pas la faire chuter dans son enfer. Elle-même se protège et tient à demeurer dans le monde " normal " : lorsqu'elle lit sur son tableau noir la confession écrite par Cordier et signée " Jésus-Christ ", elle se retourne tout de suite vers ses élèves, et leur apprend " La Marseillaise "... Même le prêtre est sans s'en rendre compte un des inspirateurs de la tuerie : " chaque chose en son temps, chacune à son tour, et d'abord l'ignoble Marcaillou " !

La réédition en DVD par StudioCanal, techniquement superbe, fut l'occasion pour Tavernier de montrer en bonus la fin initialement prévue et qu'il regrette d'avoir coupée : dans le bal final, des lépreux noirs arrivent et Cordier leur parle ; puis par la suite, il y avait l'idée, qui confirme le naturalisme surréaliste de l'oeuvre, de faire entrer deux grands singes, avec les participants au bal qui se transforment en squelettes puis disparaissent, et les deux singes qui se disent : " m... il va falloir tout recommencer "..

Eric Barbot le 02/04/2007

mardi 8 décembre 2009

Coup de torchon


Coup de torchon est un film français réalisé par Bertrand Tavernier, sorti en 1981.

Sommaire

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Synopsis [modifier]

1938. En Afrique Occidentale Française. Lucien Cordier est l'unique policier d'une petite ville coloniale. Lorsque son officier supérieur lui fait prendre conscience de sa médiocrité, il se transforme en justicier inspiré par Dieu...

Autour du film [modifier]

À Saint-Louis du Sénégal, l'escalier à double volée circulaire ayant inspiré àBertrand Tavernier la scène de la maison close1

Ce film est adapté du numéro 1 000 de la Série noire, 1 275 âmes de Jim Thompson. Tavernier fait une transposition personnelle du récit de Voyage au bout de la nuit de Céline située dans l'Afrique coloniale à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Le film a été tourné au printemps 1981 dans le nord-ouest du Sénégal, notamment à Saint-Louis et aux environs de Louga.

Fiche technique [modifier]

Distribution [modifier]

Récompenses [modifier]

  • 11 nominations aux Césars (dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario...)
  • Nomination aux Oscars : meilleur film étranger.
  • Prix de l'Athénée de Guipuzcoano au Festival de San Sebastián.
  • Prix du Public au Festival de Durban.

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Cinématographe, n° 71, octobre 1981, p. 27 (entretien de Gilles Cèbe avec Bertrand Tavernier) et p. 31 (critique de Philippe Carcassonne)
  • Cinéma, n° 275, novembre 1981, p. 107 (critique de Jacqueline Nacache)
  • Cinéma, n° 277, janvier 1982, p. 84 (« Polémiques et débats », par Gaston Haustrate)
  • Image et Son-La Revue du Cinéma, n° 366, novembre 1981, p. 28 (critique de Gilles Cèbe) et p. 30 (entretien avec Jean Aurenche)
  • Image et Son-La Revue du Cinéma, n° 402bis, février 1985, p. 45 (fiche filmographique de Serge Champenier)
  • Positif, n° 248, novembre 1981, p. 57 (critique de Michel Sineux)
  • Positif, n° 418, décembre 1995, p. 104 (« L'Ambition poétique - Sur deux films de Bertrand Tavernier », article d'ensemble)

ÂMES DAMNÉES

Nick Corey est shérif du canton de Potts. Autant dire qu’il devrait se la couler douce! Rien d’autre à faire que «rigoler, plaisanter et regarder de l’autre côté quand il se passe quelque chose»… Pourtant, des soucis, Nick en a par-dessus la tête. À tel point qu’il en a perdu l’appétit et le sommeil. Incapable de dormir plus de huit heures d’affilée ou de manger la demi-douzaine de côtes de porc de son petit déjeuner!

Il faut reconnaître que les maquereaux du bordel de Pottsville ne montrent pas tout le respect qu’ils devraient à un représentant de l’ordre et de la loi qui ne prélève qu’un dollar pour chaque billet de cinq qui entre dans leur caisse. Et puis, il y a Myra, la femme de Nick qu’il a dû épouser après qu’elle lui eut tendu un guet-apens le faisant passer pour un violeur…Et enfin, il y a Lennie, cet abruti de frère de Myra qui passe son temps à espionner les femmes du canton lorsqu’il n’est pas niché dans les jupons de sa sœur. Ce qui d’ailleurs pourrait conduire à douter de la moralité du frère et de la sœur à moins que ce ne soit de leur filiation…

Quoiqu’il en soit, tout cela ne peut décemment plus durer! Aussi Nick va-t-il prendre les mesures nécessaires pour que cela cesse. Mais évidemment sans recourir à aucun moyen légal ou moral. Car ici on est dans le Sud des États-Unis, dans les années 1920. Dans une région où l’on lance littéralement des balles à la tête de Noirs dans les foires quand on ne les «corrige» pas dans la rue. Dans un canton où «les gens perdent tellement de temps à en lyncher d’autres, dépensent tellement d’argent en corde et en essence, à se cuiter par avance et autres choses essentielles, qu’il ne reste plus guère d’argent ni de main- d’œuvre disponible pour les travaux courants.»

Progressivement, les plans de Nick se révèlent aussi sombres et retors que les desseins de ses contemporains et celui que l’on avait pris pour un doux abruti se révèle aussi cynique et brutal que la bande de péquenots qu’il est censé surveiller.

Mais tout cela est férocement, méchamment, cruellement, désespérément drôle. Un peu à la façon du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline dont 1275 âmes rappelle le passage africain. La langue de Thompson n’est certes pas comparable à celle de Céline, toutefois la traduction inspirée qu’en donne Marcel Duhamel est très habile et plaisante à lire.

La parenté entre Thompson et Céline n’a certainement pas échappé à Bertrand Tavernier qui lorsqu’il a choisi d’adapter 1275 âmes au cinéma en a transposé l’action dans l’Afrique coloniale française. Le Coup de torchon de Tavernier était d’ailleurs aussi précis et douloureux que les coups de trique distribués par Thompson.

1275 âmes est une eau forte utilisée pour dépeindre les âmes faibles, veules et lâches qui hantent le canton de Pottsville et certains autres aussi…

English critic

COUP DE TORCHON

Coup de torchon

Format: DVD

Release date: 24 March 2008

Distributor: Optimum Releasing

Director: Bertrand Tavernier

Based on: Jim Thompson’s Pop. 1280

Cast: Philippe Noiret, Isabelle Huppert, Stéphane Audran

France 1981

123 mins

One of veteran French director Bertrand Tavernier’s most memorable thrillers, Coup de torchon was adapted from hard-boiled American writer Jim Thompson’s Pop. 1280. Despite, or perhaps because of, a change of setting from the American South to colonial French West Africa in 1938, the bleak pessimistic tone of the novel comes through more so here than in any other Thompson adaptations - the most famous beingThe Getaway (1972 and 1994) and The Grifters(1990). Thompson’s post-war existentialism fits the pre-war colonial world perfectly. Of course, by the 1980s the image of colonials was no longer that of god-fearing missionaries bringing light into the Dark Continent and we are presented with a bunch of self-serving, lazy, dirty and abusive racists. The Senegalese town of Bourkassa is a perfect stand-in for small-town America as a symbol of a world in decay. It could almost be the Wild West: life is cheap and the law corrupt; victims of dysentery float down river, local gangsters shooting at the corpses for fun.

Police chief Lucien Cordier - played by Tavernier regular Philippe Noiret, brilliantly underperforming here - is a man of inaction. Although he lacks the others inhabitants’ malevolence, he has few positive traits of his own. The first part of the film establishes the extent of his inertia. His slovenly appearance is barely altered by a trip to the barber’s. He is bullied by two local pimps and humiliated by his superior; he is the butt of their jokes, literally. He lives with his nagging wife (Stéphane Audran) and what is either her lover or her brother, although Cordier can’t be bothered to find out and simply resorts to putting salt in his rival’s coffee. Even when he does act, he does it surreptitiously.

However, he begins to realise that not intervening makes him guilty by association and he has a sudden change of heart. In a great ‘to be or not to be’ scene, he explains to the town’s priest how it is that he is expected to do nothing: that is why he was chosen for the job. The scene is underscored by a wonderful pseudo-religious visual metaphor: after termites have destroyed yet another cross, Cordier holds the Christ still while the priest hammers in the nails. Thus he begins the ingenious ‘clean-up’ of the title, although quite what he gains from this transformation is less than certain.

Thematically, we could be watching a film noir, but with the pace of the tropics, the high-contrast black and white photography replaced by an almost constant sun-bleached washed-out beige; and instead of tension or suspense there is black comedy. The film’s deliberately unsubtle metaphors are also played for humour. The stinking latrines right underneath Cordier’s window that he at first tried to ignore become a target of his clean-up campaign alongside the town’s bullies and criminals.

In the interview included on the DVD, Tavernier claims the idea to set the film in Africa came from reading Céline’s Journey to the End of the Night. With the combination of Céline and Jim Thompson as the literary influences it’s not surprising thatCoup de torchon is such a dark existential misanthropic film; but it’s also somehow funny, sad and just a little bit disturbing

Fiche technique

1938 - En Afrique Occidentale Française. Lucien Cordier est l'unique représentant de l'ordre du petit village de Bourkassa Ourbangui. On lui reproche son inefficacité qui semble être l'effet de sa lâcheté. Une nuit, à la suite d'une visite à Chavasson militaire raciste, qui lui donne une leçon, Cordier tue Le Péron et son compère, les patrons du bordel.

Avec une intelligence calculée et un cynisme insoupçonné, Cordier parvient à rejeter la responsabilité de son acte sur Chavasson. Mercaillou, le mari de Rose dont Cordier est l'amant, bat sévèrement le noir Vendredi sous les yeux de la nouvelle institutrice, Anne, dont Cordier est amoureux. Cordier laisse faire. Plus tard, encouragé par le curé, il tue froidement Mercaillou et fait passer le meurtre pour un accident.

Malheureusement, Vendredi ayant retrouvé le corps le ramène à Rose et surprend les deux amants. Cordier tuera Vendredi pour le réduire au silence et déguisera son geste en règlement de comptes. L'enterrement sera une mascarade. Sur ces entrefaites le frère jumeau de Le Péron vient enquêter sur la disparition de son frère. Il repartira désorienté à la suite des propos nébuleux de Cordier. Nono, le pseudo-frère et amant de Huguette, la femme de Cordier, soupçonne la relation de Rose avec Cordier. Ce dernier récupère l'argent volé par Huguette pour partir avec Nono. Il rejoint Rose. Ayant éveillé la suspicion de Huguette, Nono débarque avec elle chez Rose. Entre temps Cordier a fait mine de rentrer chez lui mais il est resté caché près de la maison pour assister au dénouement de la situation qu'il a provoqué. Pour se défendre de la hargne de Nono et Huguette, Rose les abat tous les deux. Rose prend conscience de la monstruosité de Cordier alors que l'on annonce la déclaration de la guerre.

Le film est né de plusieurs inspirations littéraires : un polar majeur, 1275 âmes de Jim Thompson (auteur qui a également inspiré Série noire d'Alain Corneau), le Voyage au bout de la nuit de Céline, et le Voyage au Congo de Gide.

Le film bénéficie aussi des dialogues dignes de Queneau - " arrête de m'ombrager ", " tu m'interlocutes ", " l'action se torse ", " colonel Tramichel, tra comme tralala et Michel comme la mère Michel "... - et l' idée du scénariste Jean Aurenche du retour du "fantôme" interprété par Jean-Pierre Marielle.

Dès la première séquence, où Lucien Cordier observe des enfants noirs affamés lorsque survient une éclipse de soleil, Tavernier donne à son film une dimension surréel, et met de côté la psychologie et la rationalité, en mettant en scène un monde colonial à la fois infernal et "joyeux" - ce qui est toujours la patte de Tavernier, même lorsqu'il traite de sujet noirs.

Cordier, qui déclare n'être " ni courageux, ni honnête, ni travailleur ", est entouré de monstres bien pires que lui, qui ne suivent que leurs pulsions, et des instincts plus proches de l'animal que l'humain. Perdu dans sa bourgade africaine, il n'a aucuncompte à rendre, ni vis-à-vis de l'administration, ni vis-à-vis de la loi, ni vis-à-vis de lui-même, puisqu'il se sert du mépris dont il fait l'objet comme alibi pour ses meurtres, et semble persuadé qu'il s'agit d'une délivrance pour les victimes et d'unacte de salubrité pour le monde. Le réalisateur ne tisse aucune complicité avec le spectateur : à aucun moment, on ne sait exactement si les meurtres sont planifiés ou pas, si Cordier est vraiment fou, et ce qui le fait passer à l'acte.

Du coup, ce qui aurait pu être une épopée expressionniste, avec une lutte du bien contre le mal, devient un cauchemar naturaliste, plein d'humour noir et sans repères moraux clairs. Comme le répète l'aveugle dans le train, " nous entrons dans la forêt vierge ", et nous n'en sortirons plus, malgré la présence de la jeune institutrice, qui représente un idéal et un espoir de salut pour Cordier, mais que celui-ci tient à distance pour ne pas la faire chuter dans son enfer. Elle-même se protège et tient à demeurer dans le monde " normal " : lorsqu'elle lit sur son tableau noir la confession écrite par Cordier et signée " Jésus-Christ ", elle se retourne tout de suite vers ses élèves, et leur apprend " La Marseillaise "... Même le prêtre est sans s'en rendre compte un des inspirateurs de la tuerie : " chaque chose en son temps, chacune à son tour, et d'abord l'ignoble Marcaillou " !

La réédition en DVD par StudioCanal, techniquement superbe, fut l'occasion pour Tavernier de montrer en bonus la fin initialement prévue et qu'il regrette d'avoir coupée : dans le bal final, des lépreux noirs arrivent et Cordier leur parle ; puis par la suite, il y avait l'idée, qui confirme le naturalisme surréaliste de l'oeuvre, de faire entrer deux grands singes, avec les participants au bal qui se transforment en squelettes puis disparaissent, et les deux singes qui se disent : " m... il va falloir tout recommencer "..

Eric Barbot le 02/04/2007

Fiche technique


Synopsis
1938. En Afrique Occidentale Française. Lucien Cordier est l'unique policier d'une petite ville coloniale. Lorsque son officier supérieur lui fait prendre conscience de sa médiocrité, il se transforme en justicier inspiré par Dieu...
Autour du film

À Saint-Louis du Sénégal, l'escalier à double volée circulaire ayant inspiré à Bertrand Tavernier la scène de la maison close1
Ce film est adapté du numéro 1 000 de la Série noire, 1 275 âmes de Jim Thompson. Tavernier fait une transposition personnelle du récit de Voyage au bout de la nuit de Céline située dans l'Afrique coloniale à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Le film a été tourné au printemps 1981 dans le nord-ouest du Sénégal, notamment à Saint-Louis et aux environs de Louga.

Fiche technique
Langue : Français
Réalisation : Bertrand Tavernier
Scénario : Jean Aurenche et Bertrand Tavernier (d'après le roman 1 275 âmes de Jim Thompson)
Photographie : Pierre-William Glenn
Musique : Philippe Sarde
Montage : Armand Psenny
Décors : Guy-Claude François
Costumes : Jacqueline Moreau
Pays d'origine : France
Durée : 124 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 4 novembre 1981 (France)

Distribution
Philippe Noiret : Lucien Cordier
Jean-Pierre Marielle : Le Péron et son frère l'adjudant
Isabelle Huppert : Rose
Stéphane Audran : Huguette Cordier
Guy Marchand : Chavasson
Eddy Mitchell : Nono
Irène Skobline : Anne, l'institutrice
Michel Beaune : Vanderbrouck
Jean Champion : Le curé
Victor Garrivier : Mercaillou
Gérard Hernandez : Leonelli

Récompenses
11 nominations aux Césars (dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario...)
Nomination aux Oscars : meilleur film étranger.
Prix de l'Athénée de Guipuzcoano au Festival de San Sebastián.
Prix du Public au Festival de Durban.

Captures écran

Critique

"Noir, c'est noir", comme dit l'autre ! Et lorsqu'on fait adapter un roman noir d'un auteur noir ("1280 âmes" de Jim Thompson) par un scénariste noirissime, Jean Aurenche, il y a toute chance pour que le résultat soit des plus sombres !

Aurenche est (avec Bost) le scénariste habituel des films d'Autant-Lara dont on peut dire que l'Humanité n'est jamais présentée sous un jour riant (à preuve, pour qui en douterait, La traversée de Paris ou, mieux encore, L'auberge rouge), mais toujours dans une optique sarcastique : c'est moins les drames individuels, la douleur des malheureux que les ridicules de l'espèce humaine et cette sorte de nocivité qui lui est inhérente.

Coup de torchon est le film de Tavernier sûrement le plus proche d'Autant-Lara, parce qu'il ne donne aucun espoir, n'offre aucune ouverture, ne présente aucun personnage positif ; il n'y a là que cinglés, salauds, lâches, brutes, crétins satisfaits, salopes vulgaires, nymphomanes idiotes et autres spécimens d'une humanité dégoûtante ; on voit très bien pourquoi, à la fin Lucien Cordier (vraiment magistralPhilippe Noiret) tire sur tout ce qui bouge et serait prêt à exécuter le monde entier si la chose lui était possible : parce que le pus et la sanie débordent de partout, et recouvrent la terre, comme l'implacable soleil d'Afrique recouvre la savane.

Le désespoir est aussi aveuglant que ce soleil-là, et il n'y a pas un Juste qui mérite qu'on retienne les coups du tireur pour que la Cité soit sauvée.

Distribution éclatante : Isabelle Huppert en contre emploi total d'une idiote folle de son corps, Stéphane Audran en acariâtre épouse adultère, Eddy Mitchell excellent en pique-assiette lâche et agressif tout à la fois, Guy Marchand en réclame vivante de la veulerie, Jean-Pierre Marielle et Gérard Hernandez en salopards complets, cruels, racistes, brutaux...

La musique obsédante, désespérante, déchirante de Philippe Sarde, la photo de Pierre-William Glenn, les décors d'Alexandre Trauner rivalisent de qualité.

Un film prodigieux, méchant comme tout, rare dans le cinéma français...