Nick Corey est shérif du canton de Potts. Autant dire qu’il devrait se la couler douce! Rien d’autre à faire que «rigoler, plaisanter et regarder de l’autre côté quand il se passe quelque chose»… Pourtant, des soucis, Nick en a par-dessus la tête. À tel point qu’il en a perdu l’appétit et le sommeil. Incapable de dormir plus de huit heures d’affilée ou de manger la demi-douzaine de côtes de porc de son petit déjeuner!
Il faut reconnaître que les maquereaux du bordel de Pottsville ne montrent pas tout le respect qu’ils devraient à un représentant de l’ordre et de la loi qui ne prélève qu’un dollar pour chaque billet de cinq qui entre dans leur caisse. Et puis, il y a Myra, la femme de Nick qu’il a dû épouser après qu’elle lui eut tendu un guet-apens le faisant passer pour un violeur…Et enfin, il y a Lennie, cet abruti de frère de Myra qui passe son temps à espionner les femmes du canton lorsqu’il n’est pas niché dans les jupons de sa sœur. Ce qui d’ailleurs pourrait conduire à douter de la moralité du frère et de la sœur à moins que ce ne soit de leur filiation…
Quoiqu’il en soit, tout cela ne peut décemment plus durer! Aussi Nick va-t-il prendre les mesures nécessaires pour que cela cesse. Mais évidemment sans recourir à aucun moyen légal ou moral. Car ici on est dans le Sud des États-Unis, dans les années 1920. Dans une région où l’on lance littéralement des balles à la tête de Noirs dans les foires quand on ne les «corrige» pas dans la rue. Dans un canton où «les gens perdent tellement de temps à en lyncher d’autres, dépensent tellement d’argent en corde et en essence, à se cuiter par avance et autres choses essentielles, qu’il ne reste plus guère d’argent ni de main- d’œuvre disponible pour les travaux courants.»
Progressivement, les plans de Nick se révèlent aussi sombres et retors que les desseins de ses contemporains et celui que l’on avait pris pour un doux abruti se révèle aussi cynique et brutal que la bande de péquenots qu’il est censé surveiller.
Mais tout cela est férocement, méchamment, cruellement, désespérément drôle. Un peu à la façon du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline dont 1275 âmes rappelle le passage africain. La langue de Thompson n’est certes pas comparable à celle de Céline, toutefois la traduction inspirée qu’en donne Marcel Duhamel est très habile et plaisante à lire.
La parenté entre Thompson et Céline n’a certainement pas échappé à Bertrand Tavernier qui lorsqu’il a choisi d’adapter 1275 âmes au cinéma en a transposé l’action dans l’Afrique coloniale française. Le Coup de torchon de Tavernier était d’ailleurs aussi précis et douloureux que les coups de trique distribués par Thompson.
1275 âmes est une eau forte utilisée pour dépeindre les âmes faibles, veules et lâches qui hantent le canton de Pottsville et certains autres aussi…
mardi 8 décembre 2009
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